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Mariage & Famille (Munakahat)· 4 min read

La révision du Code de la famille au Maroc : l'avis des oulémas et ce qui s'applique aujourd'hui

La révision de la Moudawana expliquée : lancement royal 2022, les 139 propositions, la saisine du Conseil supérieur des oulémas en juin 2024, ce que les oulémas ont approuvé, adapté ou refusé (ADN, taâsib, héritage interconfessionnel), les conclusions de décembre 2024 et le statut actuel en 2026.

Conseil Supérieur des Oulémas· Communiqué du Cabinet royal du 28 juin 2024 et avis du Conseil supérieur des oulémas présenté les 23-24 décembre 2024
Un couple marocain examinant un document officiel dans un salon traditionnel - la révision du Code de la famille

Illustration: MoroccoHelp

La révision du Code de la famille : l'avis des oulémas et ce qui s'applique aujourd'hui

Le Code de la famille (Moudawana, loi 70.03) régit mariage, divorce, garde et succession des familles marocaines. Sa révision en cours est le processus juridico-religieux le plus suivi du Royaume. Cet article retrace la chronologie vérifiée, les décisions des oulémas et - surtout - ce qui s'applique réellement aujourd'hui.

Le processus, étape par étape

DateÉtape
30 juillet 2022Discours du Trône : le Roi ordonne la révision du Code de la famille
Septembre 2023Création royale de l'instance de révision (ministères, justice, Conseil supérieur, droits de l'Homme)
2024L'instance achève les consultations nationales et remet 139 propositions sur les sept livres du Code
28 juin 2024Le Roi saisit le Conseil supérieur des oulémas des propositions à dimension religieuse (Cabinet royal)
23-24 déc. 2024Réunion royale à Casablanca ; les ministres de la Justice et des Habous présentent plus de 100 amendements avec la fatwa du Conseil
2025-2026Commission de rédaction ; le calendrier glisse au-delà de 2025 ; élections de septembre 2026, nouveau gouvernement
Octobre 2026Le programme gouvernemental 2026-2031 inclut la réforme ; adoption attendue dans la première année de la législature - toujours pas une loi

Ce qu'ont décidé les oulémas

Approuvés (10 questions clés) : l'âge du mariage à 18 ans ; la dispense de deux témoins musulmans pour les MRE en cas d'impossibilité ; la représentation légale conjointe des enfants ; la valorisation du travail domestique de l'épouse ; la nafaqa (pension) documentée ; le droit au logement du conjoint survivant ; la déclaration des dettes des deux époux ; la garde conservée après remariage de la mère ; la mut'aa (compensation) pour la femme demandant le divorce ; l'égalité des petits-enfants dans le legs.

Résolus par des alternatives conformes à la Sharia (3) : la filiation des enfants (protégée selon les preuves légales) ; le legs à un héritier (conditionné à l'accord des autres héritiers) ; le taâsib quand seules des filles héritent - résolu par la donation du vivant (hiba), substituant la possession réelle à l'expectative.

Laissés au Souverain (2 + 1) : l'héritage entre époux de confessions différentes et entre tuteur kafala et enfant pris en charge - chacun avec deux alternatives à trancher par maslaha ; plus la condition d'acceptation de la polygamie et le maintien du rite malékite comme référence (article 400).

Refusés - textes fixes (3) : l'ADN pour établir la filiation paternelle, l'abrogation générale du taâsib et l'héritage entre musulmans et non-musulmans. Sur ces points, le Conseil a estimé que l'ijtihad ne peut toucher ce que le Coran et la Sunna fixent expressément.

La règle directrice vient de la lettre royale : on ne peut rendre licite ce qui est interdit, ni interdire ce qui est autorisé - l'ijtihad n'opère que là où les textes se taisent, dans le cadre malékite du Royaume.

Ce que la réforme changerait pour les familles

  • Mariage : majorité nuptiale à 18 ans (17 ans par autorisation strictement encadrée) ; acte de mariage seule preuve ; fiançailles documentées
  • Polygamie : l'épouse est interrogée à la conclusion - son opposition inscrite dans l'acte bloque la polygamie ; sinon, polygamie limitée à des cas exceptionnels justifiés devant le juge
  • Divorce : divorce consensuel contracté sans juge ; instance non judiciaire de médiation en amont ; six mois maximum pour les affaires
  • Garde : partagée pendant le mariage ; la mère divorcée conserve la garde après remariage ; droits renforcés au logement et à la visite des enfants
  • Argent : travail domestique de l'épouse compté dans le patrimoine acquis ; standards de pension transparents et exécution accélérée
  • Héritage : donations du vivant aux filles comme solution sanctionnée à l'iniquité du taâsib ; logement conjugal protégé pour le conjoint survivant

Ce qui s'applique aujourd'hui - l'essentiel

Rien de tout cela n'est en vigueur. Le Code de 2004 s'applique intégralement à tout mariage, divorce, garde et succession au Maroc jusqu'à l'adoption d'une loi et sa publication au Bulletin officiel. Les propositions ne sont pas invocables devant le juge, et leur rédaction finale peut encore évoluer. Décidez sur le code actuel, en suivant le calendrier parlementaire plutôt que les titres de presse.

Pour les règles d'héritage applicables aujourd'hui, utilisez notre calculateur d'héritage.

Avertissement

Cet article résume un processus institutionnel public à des fins pédagogiques ; ce n'est ni une fatwa ni un conseil juridique. Pour un avis personnel, consultez un savant qualifié ou un avocat. Voir les sources officielles ci-dessous.